Jacques Charbon  

Jacques Charbon


Est directeur de la Fondation de La Côte (FLC), qui gère les CMS de Morges-Est et Ouest, St-Prex, Aubonne, Rolle, Gland Ville, Gland Région, Nyon, Terre-Sainte, les Espaces prévention de Morges et de Nyon ainsi que CMS+ Logistique Santé.
La fondation englobe 800 collaborateurs répartis sur toute La Côte, elle compte 5 300 clients annuellement et dispense 379 000 heures de prestations (soins infirmiers, soins de base, aide au ménage, ergothérapie, conseil social).
Il nous éclaire sur l’importance, les enjeux et les défis de la Fondation de La Côte pour les services d’aide et de soins à domicile et pour la prévention.  

À l’horizon 2035, la région de La Côte va connaître une croissance du vieillissement de sa population supérieure à la moyenne cantonale. Quels sont les enjeux pour les services d’aide et de soins à domicile ?

Observons tout d’abord que l’espérance de vie en bonne santé est aujourd’hui prolongée et le recours au système de santé retardé : il y a lieu de s’en réjouir.

Le domicile reste le lieu de prédilection pour se rétablir d’une maladie ou d’un accident, prendre en charge des maladies de longue durée, vivre ses derniers jours. On sait que les aînés tiennent à y rester le plus longtemps possible, en santé et en sécurité, et qu’ils comptent sur nous pour le leur permettre.

Or, le district de Nyon devra faire face au cours des vingt prochaines années à une véritable explosion du nombre de personnes âgées de 80 ans et plus, à savoir une augmentation de 160% contre 73% sur l’ensemble du canton. Nos CMS de Nyon, Terre-Sainte, Gland et Rolle enregistrent une progression annuelle de leur activité de l’ordre de 10%. Le volume des prestations a ainsi doublé en dix ans, et un nouveau doublement doit encore être anticipé.

Dès lors, pour relever ce défi, la FLC devra être dotée d’infrastructures adéquates et, bien qu’une pénurie guette, de ressources humaines qualifiées capables de gérer des situations toujours plus complexes, de travailler efficacement en réseau, afin que l’expérience des personnes, aidées et aidantes, soit positive et encourageante. Heureusement, les orientations de la politique cantonale ont pour objectif d’investir dans les soins communautaires et de renforcer le dispositif de maintien à domicile.

Améliorer le processus de soins entre l’hôpital et le domicile est crucial. Quelle stratégie déploierez-vous ?

Nous avons clairement la volonté de favoriser une transition harmonieuse lors du passage de l’hôpital au domicile, sachant que cette période de changements peut engendrer déséquilibre et vulnérabilité, affecter la qualité de vie et la récupération de l’autonomie d’une personne âgée qui a été hospitalisée.

Concernant les stratégies à déployer, traitons de celles qui ont déjà été instituées :

– des professionnels des soins à domicile établis dans le service des urgences du Groupement Hospitalier de l’Ouest Lémanique, pour assurer les interventions de nuit et garantir une réponse 24h/24 ;

– une équipe d’infirmières affectée spécifiquement à la tâche ardue de mieux planifier les sorties d’hôpital, de faire les suivis de retour à domicile nécessaires, d’inclure les familles, offrant ainsi des soins de transition coordonnés et une continuité de la prise en charge ;

– la mutualisation des compétences spécialisées concernant le diabète, les plaies chroniques, la stomathérapie.

Nous visons l’introduction de la réadaptation à domicile et, en 2020, le CMS de Nyon s’implantera sur le site du nouvel hôpital. Dans le même esprit, le rapprochement avec les médecins est privilégié, à proximité des cabinets de groupe comme à Gland ou à Rolle dès 2020.

L’engagement des proches aidants est nécessaire à la concrétisation de toute politique de maintien à domicile. Comment les soutenir ?

En 2014, nous relevions le défi d’un projet collectif novateur, « Ensemble, partenaires du soin », en impulsant une dynamique partenariale entre client, aidant et collaborateurs/trices, qui redéfinit les termes d’une nouvelle rencontre entre des expertises différentes et d’importance équivalente. L’égalité des partenaires renforce la participation active des clients et des aidants, comme le respect de leurs droits.

Voici quelques réalisations :
– une carte d’urgence du proche aidant aux fins de sécuriser, de soutenir patients et proches et de valoriser le rôle de l’aidant (d’autres organismes nous emboîtent maintenant le pas !) ;
– des entretiens de prévention de l’épuisement systématiquement proposés aux aidants ;
– le déploiement au sein de la FLC d’une politique d’accompagnement et de soutien des collaborateurs/trices proches aidants, tant il est vrai qu’un juste équilibre des temps de vie améliore qualité de vie au travail et… qualité des soins ;
– la mise sur pied d’un programme de formation aux compétences-clés du partenariat de soins (communication, prévention et résolution des conflits, clarification des rôles et des responsabilités, etc.). À venir : le détachement sur quelques jours de nos collaborateurs/trices au domicile de la personne aidée ou sur un lieu de vacances, pour permettre aux proches de profiter d’un véritable répit.
Enfin, n’oublions pas qu’il est extrêmement important de soutenir les mouvements bénévoles, actifs notamment dans la distribution des repas à domicile et le transport des personnes à mobilité réduite, car ils incarnent les valeurs de solidarité et de fraternité auxquelles nous croyons.

La prévention contribue à préserver l’autonomie de la personne âgée. Peut-on mieux la consolider ?

Prévenir le déclin fonctionnel donne espoir, autonomie et… santé ! Le système dans son ensemble doit étudier davantage les facteurs influençant l’apparition, la fréquence, l’évolution de différentes maladies ou d’autres états pour mettre en œuvre les moyens nécessaires à leur prévention. L’aide et les soins à domicile jouent un rôle crucial à ce niveau.

En effet, à domicile, nous sommes en mesure d’observer divers événements déclenchants. L’isolement, par exemple : 10 à 45 % des aînés souffriraient de dépression. L’affaiblissement des capacités à voir, entendre, se souvenir menace leur autonomie, alors qu’on peut les détecter précocement. Les risques de chutes, souvent associés à la malnutrition ou à une mobilité fragilisée, peuvent être atténués.

En référence à sa mission, la FLC se doit de développer en synergie avec tous les acteurs, en particulier les médecins et les pharmaciens, des prestations de prévention du déclin fonctionnel pour le plus grand nombre. Un exemple d’effet de synergie : une unité de prévention du déclin fonctionnel verra probablement le jour à côté du Centre de la mémoire à Rolle. Mais, comment atteindre cet objectif si, actuellement, 37% des nonagénaires vivant à domicile ne reçoivent pas d’aide ou de soins ? Un autre enjeu majeur pour nous.

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